[REPORTAGE] Mort d’un Jakartaman / Les conducteurs de motos, bus et camions tempèrent : « Il fallait se contrôler…  »


La Route nationale menant vers Pikine a vécu, ce vendredi 30 janvier, l’une de ses journées les plus sombres. À hauteur de l’école Mariama Niass, dans le sens Croisement Cambérène, un accident mortel impliquant un bus Tata et un conducteur de moto Jakarta a coûté la vie à ce dernier. En quelques minutes, la douleur s’est transformée en colère. Des conducteurs de motos, furieux, ont pris pour cible le bus, qu’ils ont incendié sous les yeux de riverains choqués.

 

Sur les lieux, l’atmosphère était lourde et tendue. Sirènes des sapeurs pompiers, présence massive de la police, cris et agitation, la scène ressemblait à un champ de ruines urbain. « Le corps était coincé sous le véhicule, les jeunes étaient incontrôlables », raconte un Jakartaman rencontré à l’entrée du stade municipal Mady Cissé. La circulation a été aussitôt bloquée, plongeant tout l’axe routier dans d’interminables embouteillages.

 

Le lendemain, Dakaractu a sillonné plusieurs points stratégiques des Parcelles Assainies, notamment l’arrêt Tata 26, l’arrêt « Tiak Tiak » du stade et l’unité 7. Là bas, les chauffeurs, encore marqués, dénoncent unanimement l’escalade de violence. « Ce genre de situation, on l’a déjà vécu. Après un accident, certains veulent régler les comptes sur place. C’est regrettable... », confie Djily Fall, chauffeur et président de l’arrêt Tata 26.

 

À l’ombre des bus immobilisés, mécaniciens et receveurs appellent au calme et au respect de la loi. « Brûler un véhicule qui coûte des millions ne ramènera personne à la vie. La mort fait mal, mais ce n’est pas une raison pour détruire », lâche Baye Fall, mécanicien. 

 

Pour Jacques Gomis, receveur, le message est clair : « Jakartaman, chauffeurs de Tata, taximen… nous sommes tous de la même famille. Se faire justice soi même, c’est du banditisme! »

 

Chez les conducteurs de motos Jakarta, la colère se mêle à la lucidité. Baye Serigne Ndiaye reconnaît des manquements, tout en pointant du doigt le manque de considération. « Souvent, on ne nous respecte pas sur la route. Mais mettre le feu à un bus n’est pas la solution. Il faut se contrôler, même si la douleur est immense. » Les taximen et chauffeurs de camions abondent dans le même sens, dénonçant la vitesse excessive, la précipitation et l’imprudence de part et d’autre.

 

 

Ce drame remet au centre du débat la cohabitation chaotique sur les routes de Dakar. Tous les acteurs rencontrés réclament un encadrement plus strict, des sanctions fermes et un suivi rigoureux des autorités, aussi bien pour les chauffeurs de bus que pour les conducteurs de motos. Car tant que la route restera un espace sans règles respectées, chaque accident portera en lui le risque d’un nouveau brasier.

Lundi 2 Février 2026
Karim Ndiaye